Actualités
Pourquoi certaines Églises voient-elles régulièrement de nouveaux ministères émerger, tandis que d’autres reposent toujours sur les mêmes personnes ?
Pourquoi, dans certaines communautés, chacun semble trouver naturellement sa place, alors que dans d’autres quelques responsables portent presque tout, parfois jusqu’à l’épuisement ?
La réponse ne tient pas seulement à la personnalité du pasteur, à la taille de l’Église ou aux moyens dont elle dispose. Elle tient souvent à quelque chose de plus profond : une culture.
Une culture est faite de tout ce que nous ne questionnons plus. Elle façonne notre manière de comprendre l’autorité, de reconnaître les dons, de prendre des décisions ou d’imaginer ce qu’est un « bon chrétien ». Avec le temps, ces habitudes deviennent si naturelles que nous oublions qu’elles auraient pu être différentes.
J’aime imaginer l’Église comme un jardin.
Dans certains jardins, toute l’attention est portée sur un arbre magnifique. On le protège, on l’arrose, on admire sa hauteur. Les autres plantes vivent dans son ombre et finissent par croire qu’elles ne pourront jamais vraiment grandir.
Dans d’autres jardins, le jardinier ne cherche pas à faire pousser un seul arbre exceptionnel. Il veille à ce que chaque plante reçoive ce dont elle a besoin pour porter le fruit auquel elle est appelée. La richesse du jardin ne dépend plus d’un seul arbre, mais de la diversité de toute la vie qui s’y déploie.
Cette image nous invite à nous poser une question simple : quelle culture cultivons-nous dans nos Églises ?
Pendant longtemps, nous avons souvent construit nos communautés autour de quelques personnes très engagées. Nous avons investi beaucoup d’énergie dans leurs compétences, leur formation et leur ministère. Et cela était souvent animé des meilleures intentions.
Mais, sans le vouloir, nous avons parfois créé une culture où les responsables portent presque tout, tandis que les autres finissent par penser que leur rôle est surtout d’assister, de soutenir ou de consommer la vie de l’Église.
C’est ce que l’on appelle parfois le cléricalisme. Il ne désigne pas seulement des abus d’autorité. Il décrit une culture où les responsabilités, les décisions et même la vie spirituelle se concentrent progressivement entre les mains de quelques-uns.
Le plus étonnant est que cette culture n’est pas entretenue uniquement par les responsables.
Combien de fois préférons-nous que quelqu’un décide à notre place ? Combien de fois n’osons-nous pas proposer une idée, exercer un don ou prendre une initiative parce que nous pensons que « ce n’est pas notre rôle » ? À l’inverse, combien de responsables continuent-ils à tout porter parce qu’ils ont l’impression que personne ne prendra le relais ?
Peu à peu, chacun trouve sa place dans un fonctionnement qui finit par paraître normal.
Pourtant, lorsque nous ouvrons le Nouveau Testament, nous découvrons une autre vision de l’Église.
Jésus ne forme pas un homme providentiel chargé de tout accomplir. Il appelle un peuple. Il envoie ses disciples deux par deux. Il confie des responsabilités. Il apprend à discerner ensemble. Plus tard, l’apôtre Paul décrira l’Église comme un corps où chaque membre est indispensable et où la diversité des dons est une richesse indispensable à la mission.
Le rôle des responsables n’est donc pas de remplacer le corps, mais de l’équiper. Comme l’écrit Paul : ils sont donnés « pour préparer les croyants à servir, afin que le corps du Christ se construise lui-même » (Éphésiens 4.12).
Dans notre image, le pasteur n’est pas appelé à devenir le plus grand arbre du jardin. Il est davantage un jardinier.
Il repère les jeunes pousses. Il prend soin des plus fragiles. Il crée les conditions pour que chacun puisse grandir. Sa réussite ne se mesure pas seulement à ce qu’il accomplit lui-même, mais à tout ce que les autres deviennent capables d’accomplir grâce à lui.
Voilà sans doute le véritable changement de culture auquel nos Églises sont appelées.
Il ne s’agit pas d’affaiblir l’autorité, mais de la comprendre autrement.
Il ne s’agit pas de diminuer le ministère pastoral, mais de lui redonner sa vocation première : permettre au peuple de Dieu de grandir dans toute la diversité des dons que l’Esprit distribue.
Une Église en bonne santé n’est pas celle où le pasteur est capable de tout faire.
C’est une Église où chacun découvre progressivement sa vocation, reçoit la confiance nécessaire pour la vivre et contribue, avec les autres, à la mission commune.
Peut-être devrions-nous alors changer les questions que nous nous posons.
Au lieu de demander : « Qui va faire ? », demandons-nous : « À qui Dieu a-t-il déjà donné les dons pour cela ? »
Au lieu de chercher sans cesse de nouveaux responsables capables de tout porter, cherchons comment faire grandir celles et ceux que Dieu a déjà placés au milieu de nous.
Car le Royaume de Dieu ne ressemble pas à une forêt dominée par un arbre exceptionnel.
Il ressemble à un jardin vivant, où chaque plante trouve sa place, où chaque fruit compte et où la beauté de l’ensemble vient de la vie qui circule en chacun.
Et peut-être est-ce là le plus beau signe d’une Église mature : non pas l’admiration portée à quelques personnes, mais la joie de voir tout le jardin grandir.









